Sven Väth, l'interview ! | DJMAG France - Suisse - Belgique

Nous avons discuté avec Sven Väth le 21 Juin dernier lors de sa venue au festival The Tribes. L'occasion d'évoquer la 15ème saison de Cocoon à Ibiza, toujours autant plébiscitée par les fans d'underground.

Sven Väth est l'un des vétérans les plus mythiques de la scène techno internationale. Aux platines depuis plus de 30 ans, cet inconditionnel du vinyle sera à la tête de la 15ème saison de Cocoon à l'Amnesia Ibiza. Nous l'avons rencontré le jour de la Fête de la Musique, le 21 Juin dernier, à l'occasion de son mix pour le festival The Tribes. Il revient avec nous sur l'émergence des festivals, le sens du mot Dancefloor et l'évolution globale de la musique qui lui est si chère, la Techno...

La scène a pas mal évolué ces dernières années, non ? On est passé des clubs Underground à de gigantesques festivals. Comment tu le perçois ? 

Tout à fait. La scène est devenue très professionnelle. Je suis DJ depuis 34 ans aujourd’hui. Que ce soit la House, la Techno, ou l’EDM des Etats Unis, tout devient assez mainstream au final. Avec des DJs qui sont des popstars. Je pense que de manière générale, la musique électronique a pris une très grande place. Cela laisse la place à beaucoup de DJs qui font des sets pré-enregistrés, qui jouent toujours la même chose. Et je comprends cela, ça fait partie de ces grands "shows" qui sont mis en place. Tout doit être parfaitement synchronisé aujourd’hui, mais ça ne laisse plus aucune place à l’improvisation. 

 Je ne veux pas faire des événements avec des smartphones en l’air toute la nuit, des sets de 90 minutes...

Justement, est-ce que tu préfères jouer en club ou en festival ? 

Je viens de la culture club. Mais j’adore les soirées en extérieur, dans la jungle, sur les plages… La vibe est différente en fonction de l’heure où tu vas jouer, du nombre d’heures que tu vas passer derrière les platines. J’adore les possibilités qu’offre un festival. Pouvoir découvrir de nouveaux artistes, naviguer entre différentes scènes, entre différents styles de musique. 

Ton nom est inévitablement rattaché à Ibiza. Comment l’ambiance a-t-elle évolué là-bas ? 

Ibiza a toujours été une plateforme pour les DJs. Quand j'ai démarré mes soirées Cocoon il y a 15 ans, mon objectif était d’introduire ma musique dans ce temple de la musique électronique. Il fallait ramener cette House et cette Techno pointue, en y ajoutant la vibe des lieux, la décoration très festive et surtout, l’esprit de famille et de liberté de cet île. Cocoon, ce n’est pas juste une soirée, c’est une manière de vivre, de faire la fête. Mais c’est aussi une île dangereuse avec toutes les tentations qui y sont liées. La drogue, mais aussi les égos de certaines personnes qui y sont. Ibiza c’est le paradis et l’enfer dans un seul et même endroit.

Comment réagis-tu quand tu entends que c’est une île de plus en plus commerciale...?

Forcément, avec des artistes comme Avicii, David Guetta, Hardwell... Les clubs deviennent des machines menées par des professionnels du marketing. Alors que la Techno était au-devant de la scène il y a 4 ou 5 ans, aujourd’hui elle retourne à sa place plus underground. Et j’en suis très heureux, car je ne veux pas surexposer ma musique. Ma musique est faite pour ça. Ma musique, c’est le Dancefloor. Je me fiche pas mal des VIP. Si tu viens en hélicoptère, je m’en contrefiche par mal. Je ne considère que ceux qui viennent pour faire la fête et qui aiment danser. 

Quand les gens dansent, je suis le plus heureux, j’ai un sourire qu’on ne peut pas m’enlever. C’est pour ça que je suis là !

Est-ce que tu trouves que le public devient le même partout ? 

Via les réseaux sociaux, tout le monde devient pareil. Tout le monde veut écouter la même musique, s’habiller pareil, être cool. Les gens à Las Vegas voient comment se passe la fête à Ibiza, et ils veulent la même chose chez eux. Mais tu ne peux pas tout copier. Chaque lieu à sa propre énergie, son propre esprit unique. Chaque lieu à sa propre culture, son histoire et ses fêtards. Tu ne peux pas prendre Ibiza et le transporter à Miami. Pour ma part, je ne veux pas être un produit vendu à la masse. Je choisi les endroits où je veux jouer, les titres que je veux jouer, les artistes que je veux signer sur mon label. Je suis certes très connu, mais je n’ai pas changé. A part peut-être mon look, l’intérieur est resté le même. J’ai la même énergie et le même amour pour la musique. Je veux montrer aux jeunes ma façon de faire la fête. Je ne veux pas faire des événements avec des smartphones en l’air toute la nuit, des sets de 90 minutes… Ce n’est pas ça la fête pour moi. 

Cette année, il y aura 18 dates à Ibiza. Avec un petit bonus sur la Terrace sur certaines soirées : Luciano et son nouveau concept "Origins". Tu peux nous en dire plus ? 

Je suis déjà très heureux de voir Luciano de retour. Il est revenu de lui-même après qu’il soit parti jouer dans d’autres clubs tels que le Pacha ou l’Ushuaia. Mais il y a bien d’autres artistes qui me rejoignent, tels qu’Ilario Alicante, Ben Klock, Marcel Dettmann, Chris Liebing et bien d’autres. Il y aura des dizaines et des dizaines d’artistes pour fêter les 15 ans. 

Cette année, le thème des soirées Cocoon est le Dancefloor, que tu as décidé de remettre au centre du concept. Est-ce que c’est parce que tu trouvais que la plupart des événements ne tournaient plus autour du Dancefloor et de la fête ? 

Il y a 2 ans, avec l’organisateur des événements Cocoon à Ibiza, on a beaucoup discuté du côté marketing du concept. Depuis quelques années, je ne voyais que la tête des DJs sur des affiches géantes. J’avais l’impression que tout était lié à l’égo de ces artistes désormais. Et j’ai voulu réduire toute la partie marketing sur les événements. Je voulais que tout soit mystérieux. Et c’est à partir de ce moment qu’on a pensé à toute cette communication autour de la jungle, du mystère… Je voulais que les gens viennent découvrir des surprises. Et pour la 15ème année, on s’est dit que ce qui était le plus important dans une soirée, c’était de voir le dancefloor faire la fête. Quand les gens dansent, je suis le plus heureux, j’ai un sourire qu’on ne peut pas m’enlever. C’est pour ça que je suis là !

Est-ce que la fermeture de ton établissement Cocoon à Francfort a été un coup dur ? 

Oui, on a fermé le club en 2012. La situation devenait un peu compliquée, on était assez mal positionnés à Francfort. Toutes les bonnes choses ont une fin ! Donc on a décidé de changer. Et je suis parti à Londres, où je vis encore actuellement. Londres a toujours été la ville ou je voulais vivre. Il y a beaucoup d’animation, que ce soit en musique, en culture, en art… 

Tu n'es pourtant pas trop du genre à rester en place quand on regarde ton planning de dates cet été...

Le monde est ma maison. J’adore voyage ! Je navigue entre de très nombreux pays. Il y a quelques mois, je suis resté en Thailande pendant près de 2 mois. Tous ces voyages me mènent à découvrir un très grand nombre de cultures. Je me fais des amis un peu partout, je connais les bons restaurants dans beaucoup de pays (rires). C’est aussi ça qui me donne beaucoup d’énergie et d’inspiration. 

Un conseil pour les nombreux DJs/producteurs qui te considèrent comme un vrai modèle ?

Dans un premier temps, apprenez à aimer la musique. Il faut l’apprécier avant de la jouer devant un public. Et le plus important pour moi : dansez si vous voulez faire danser les autres !

Articles en relation

Commentaires