Interview : ATOEM | DJMAG France - Suisse - Belgique

A l’occasion de la sortie de son nouveau single ‘Precious Land’, rencontre avec le duo français passé maitre dans l’art des expérimentations sonores.

Hier nous vous présentions en avant-première ‘Precious Land’, nouveau single du duo ATOEM. Titre électronique aussi inquiétant que mélodique, ce morceau accompagné par un superbe clip signé Mathieu Brelière illustre à merveille tout le savoir-faire et l’univers du groupe formé par Gabriel Renault et Antoine Talon. A l’occasion de cette nouvelle sortie, les deux musiciens nous livrent les secrets de fabrication de ‘Precious Land’ et évoquent leur premier album à venir.

Comment est né ‘Precious Land’ ?

Gabriel : Tout est parti d’un texte que j’ai écrit. J’avais aussi envie de faire un morceau un peu plus new-wave dans l’esprit et surtout avec Antoine on n’avait jamais fait de morceau en ternaire. Et celui-là est sur une forme ternaire. Ensuite, comme on fait d’habitude on fait tourner des séquences dans des machines et dès qu’on a été satisfait, on a tout enregistré.

Est-ce que vous aviez des références en tête au moment de commencer à travailler sur ce morceau ?

Antoine : Il y a un peu de Moderat je trouve.

Gabriel : Oui un peu de Moderat, un peu de new-wave. New Order, Depeche Mode, ce sont des artistes qu’on écoute et qui nous inspirent.

Combien de temps vous prend le processus de création d’un titre comme ‘Precious Land’ ?

Gabriel : La phase de composition ça peut aller très vite, quelques jours ou quelques semaines. Mais ensuite on a retravaillé ensemble, on a réécrit les textes, on a cherché des arrangements.

Antoine : ça peut prendre plus de temps (rires). Le jus de matière grise est lâché en quelques jours mais après il y a toute la phase de réflexion, d’amélioration. Pour te dire, ça doit faire un an qu’on a déjà terminé ‘Precious Land’. Et du moment que Gabriel a ramené la première idée, on a dû mettre six mois pour le finaliser.

Justement, quand sait-on qu’un morceau est fini et prêt à sortir ?

Gabriel : Quand on a envie qu’il sorte (rires).

Antoine : Généralement il n’y a pas de process, dès qu’on est satisfait on arrête. Sinon c’est interminable (rires).

Gabriel : C’est ça la difficulté sur son travail, être capable de se dire qu’on est assez satisfait pour pouvoir le montrer à quelqu’un d’autre.

Si ‘Precious Land’ est prêt depuis un an, est-ce que le morceau a été composé pendant le premier confinement ?

Gabriel : En partie oui. L’idée de départ est arrivée avant mais oui on l’a bien produit pendant le premier confinement.

Est-ce que les différents confinements ont été des périodes productives pour vous ?

Antoine : Le premier confinement je n’ai pas fait beaucoup de musique.

Gabriel : Moi non plus.

Antoine : En fait c’est par période, le deuxième confinement par exemple on en a vraiment fait beaucoup. On habite à Nantes et on a notre studio chez nous donc c’était du 9h-22h tous les jours. Mais confinement ou pas, pour nous ça ne change pas grand-chose. On a la chance de pouvoir travailler de chez nous et de pouvoir continuer malgré les différents confinements. On travaille avec des techniciens, des régisseurs qui eux n’ont rien eu à faire. On n’est pas les plus à plaindre.

Est-ce que cette période si particulière, et notamment le fait de ne plus pouvoir jouer sur scène, a eu un impact sur la musique que vous avez produite ?

Gabriel : Oui en partie. Lors de notre première année on a beaucoup tourné et on avait moins le temps de composer. Nos compositions étaient aussi plus taillées pour le live. Maintenant vu qu’il y a cette absence de concert, on se lâche, on se donne plus de libertés et on explore d’autres choses. Il y a des morceaux très lents qui sont quasiment des ballades. Et c’est une bonne chose.

‘Precious Land’ s’accompagne aussi d’un superbe clip. Quelle est votre implication sur cette partie visuelle ?

Antoine : On a travaillé avec le réalisateur Mathieu Brelière qui avait préparé un speech. On était avec lui pour valider son script mais toutes les idées viennent de lui.

Vous lui aviez donné des consignes ou des indications sur ce que vous vouliez ?

Gabriel : On a beaucoup échangé avec lui pour qu’il comprenne notre message. Nous on adore l’histoire, l’antiquité, les mythes. C’est quelque chose qu’il a compris très vite et en discutant, il a proposé ce scénario. Ça vient de lui mais il y avait déjà une direction.

Le 2 juillet, vous présenterez un EP de remixes de ‘Precious Land’ avec des réinterprétations signées Dombrance, IDIOTAPE, Théo Muller ou encore Irène Drésel. Comment avez-vous constitué ce casting ?

Gabriel : Nous on fonctionne au coup de cœur. Ce sont des artistes qu’on a vu en live et qui nous ont marqués. IDOTAPE c’est un trio coréen qu’on avait vu aux Trans Musicales. Dombrance on adore son ancien groupe DBFC, on l’a rencontré aussi sur scène et on a échangé avec lui. Chaque artiste c’est ça.

Est-ce que vous avez été surpris par le résultat de certains des remixes ?

Antoine : Déjà c’est la première fois qu’on se fait remixer un morceau par des artistes professionnels. Et c’est assez étonnant, on ne reconnait plus notre morceau. Mais oui on a pris de bonnes claques en écoutant ce qu’ils nous avaient renvoyé.

Gabriel : Dombrance par exemple. Les morceaux qu’il sort sont très dance avec beaucoup de machines et de synthés. Là il a fait quelque-chose totalement à contrepied avec un format différent mais toujours dans son aspect artistique qu’on adore et sa touche d’humour. Le morceau au final est toujours électronique mais on dirait presque de la bossa nova. C’est très différent de ce qu’il fait d’habitude.

Antoine : De toute façon on ne peut être que surpris quand on reçoit un remix de son propre morceau.

Vous travaillez également sur votre premier album. Est-ce que le format album est toujours important pour des artistes comme vous ?

Antoine : C’est une étape presque obligatoire pour tous les artistes. Nous on a sorti que des quatre, cinq titres donc réussir à sortir un album de 15 titres c’est une étape importante.

Gabriel : C’est vrai que dans les musiques électroniques maintenant ça marche beaucoup au single. Avec les nouveaux modes de consommation de la musique les gens ont plus tendance à lâcher un morceau comme ça ou à sortir douze morceaux, un par mois, au lieu d’un album par exemple. C’est une vraie question maintenant mais nous on est attaché à la sortie du premier album.

Vous voyez une différence dans la manière dont vous abordez votre musique pour cet album ?

Gabriel : Il faut réussir à trouver une cohérence artistique sur l’ensemble des morceaux. Là on n’y est pas forcément encore mais ça va venir. On se laisse le temps de composer suffisamment de matière pour avoir quinze titres qui dégomment.

Quelle est la suite pour vous maintenant ? Vous allez reprendre les concerts cet été ?

Antoine : Beaucoup de dates ont été annulées mais il nous en reste quelques-unes. On jouera notamment au festival Panoramas le 25 septembre. A côté de ça, on continue de composer. On travaille aussi sur la création d’une scénographie pour notre prochain live qui sera au moment de la sortie de l’album. On fait des résidences, on travaille la technique, on fait de la médiation culturelle.

Gabriel : C’est vrai qu’avant on faisait beaucoup de lives et maintenant qu’il n’y a plus ça il faut se réinventer. Donc on teste d’autres choses mais qui viennent en complément de ce qu’on avait entamé. De la vidéo, des actions de médiation culturelle, on a même fait des masterclass.

Est-ce que c’est facile pour vous d’aborder ces nouveaux exercices ?

Antoine : Facile non mais c’est très intéressant à faire. On a beaucoup aimé faire une masterclass devant des étudiants de musiques actuelles par exemple.

Gabriel : C’était dans une école qui forme les étudiants à enseigner la musique. Ils étaient une vingtaine et ils étaient super intéressés par ce que l’on racontait. Les synthés, le modulaire, le processus créatif, etc. C’était tellement bien que ça nous a donné envie de le refaire. Et on va le refaire bientôt mais pour des plus jeunes.

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