Interview : Avec Fangage, Sam Feldt compte court-circuiter les réseaux sociaux | DJMAG France - Suisse - Belgique

En créant Fangage, le producteur Sam Feldt entend redéfinir l’économie public- artistes, délestée du filtre des réseaux sociaux. Interview.

Le grand public connaît le producteur Sam Feldt au travers de ses hits pop-house ‘Post Malone’, ‘Show Me Love’ ou ‘Stronger’. Loin des scènes de l’Ultra ou de Tomorrowland, le Néerlandais est également un businessman aussi créatif que précoce, qui a vendu sa première entreprise dès l’âge de quinze ans. Une décennie plus tard, celui qui a troqué la vie de bureau contre celle des studios réunit ses deux passions dans un projet ambitieux : Fangage. Au travers de cette start-up, il n’entend ni plus ni moins que redéfinir la relation entre fans et artistes, et permettre à ces derniers de reprendre le contrôle sur leur communication et leurs données tout en bénéficiant d'une nouvelle source de revenus. Un projet d’envergure qui a levé plus de 300 000 euros via une campagne de crowdfunding, et enthousiasmé des centaines de créateurs dès son lancement. Nous avons interrogé Sam Feldt sur cette initiative qui pourrait changer le visage de l’industrie musicale et bien au-delà…


Qu’est-ce que Fangage ?

Fangage est une start-up qui permet à tous les créateurs de reprendre le contrôle de leur fanbase. Concrètement, cela signifie pouvoir créer sa propre page Fangage et y poster des contenus exclusifs, que les fans pourront débloquer en s’inscrivant sur le site. Cela permet aux artistes de ne plus être dépendants de Facebook ou Instagram pour entrer en contact avec leurs followers. Le site permet également de vendre des produits directement aux fans, sans devoir passer par un intermédiaire comme Patreon ou Onlyfans.

Quel intérêt ont les fans à souscrire à la plateforme, plutôt que de passer par les canaux habituels ?

Les contenus proposés sur Fangage ne sont pas disponibles ailleurs. Par exemple, un fan qui souscrit à ma page sur le site peut écouter mon émission de radio hebdomadaire, ‘Heartfeldt’, trois jours avant sa diffusion. Mes fans ont également pu avoir accès à mon single ‘Stronger’ 24 heures avant sa sortie sur Spotify. Il peut aussi y avoir des livesets ou du merchandising exclusif, des sessions de questions-réponses sur Zoom, les producteurs peuvent m’y transmettre directement leurs démos… Que des choses qu’ont ne trouvera pas sur les réseaux sociaux.

 

Comment es-tu parvenu au constat qu’une telle plateforme manquait à l’écosystème musical ?

En 2016, j’ai réalisé que j’avais un million de followers sur mes différents réseaux sociaux sans aucun moyen de les atteindre directement. Quand je postais sur Instagram ou Facebook, seulement 5% d’entre eux voyaient mes posts. Je trouvais ça dingue parce que si ces gens me suivent, c’est qu’ils veulent connaître mon actualité. Pour entrer en contact avec mes propres fans, il fallait payer pour booster mes posts. C’est ridicule. J’ai travaillé dur pour que des gens écoutent ma musique et viennent à mes shows, et je me retrouve à ne pouvoir parler qu’à 5% d’entre eux. J’ai donc voulu créer une solution pour réparer ce problème, pour que les artistes puissent toujours atteindre 100% de leurs fans.


Pourquoi est-ce que je devrais payer Mark Zuckerberg pour parler à mes fans ? 


Ironiquement, le postulat de départ des réseaux sociaux traditionnels comme Facebook est de permettre aux gens de se connecter entre eux. Comment en est-on arrivé là ?

Il y a deux éléments majeurs qui ne fonctionnent plus. Le premier, c’est l’algorithme. Concrètement, je suis à Amsterdam au moment où l'on se parle, et s’il n’y avait pas le Covid et que j’avais un concert ce soir, je ne pourrais pas contacter directement mes fans ici pour les prévenir. Une autre chose importante à prendre en compte, c’est que quand tu es un artiste qui essaye de construire sa carrière ou sa marque sur une plateforme qui ne t’appartient pas, tu as de grandes chances de ne pas y arriver. Vous savez ce qui est arrivé à Myspace : beaucoup de groupes y avaient une grosse communauté, et quand le site fut stoppé, ils ont tous perdu leur fanbase et leur popularité car ils n’avaient pas leurs propres données. On peut également évoquer ce qu’il se passe sur de nombreuses chaînes YouTube ou sur des comptes Instagram : si ces plateformes n’aiment pas ce que tu postes, alors tu peux être banni, ce qui veut dire pour beaucoup de créateurs ou de DJs perdre leur carrière toute entière, parce que c’est sur ces plateformes que se trouvent leurs fans. Je pense que la relation entre le public et les artistes doit être pure. Je devrais pouvoir envoyer un message directement à mes fans parisiens quand j'y joue, plutôt que eux donnent leurs données à Facebook qui ensuite me les revend. Pourquoi est-ce que je devrais payer Mark Zuckerberg pour parler à mes fans ?

Selon toi, le futur de la relation entre le public et les créateurs se passera t-il d’intermédiaires comme les sites de streaming ou les réseaux sociaux ?

Oui, je crois qu’il y a un espace pour ça. On peut déjà voir cela avec des plateformes comme Onlyfans dans l’industrie pour adultes ou encore Patreon, qui s’est beaucoup développé. En ce moment, les artistes cherchent de nouveaux moyens de gagner leur vie, alors que leur source principale de revenus s’est tarie avec l’arrêt des tournées. Fangage pourrait être un excellent moyen de générer des revenus en parallèle des concerts. Si un artiste a un million de fans et que seulement 1% d’entre eux souscrivent à un abonnement de 5 euros par mois, cela fait 50 000 euros mensuels pour l’artiste. Cela les poussera à faire de la meilleure musique, à produire de meilleurs contenus… Fangage peut également être utilisé par des festivals, des équipes d’e-sports, des marques… Tous ceux qui produisent et partagent des contenus peuvent en reprendre le contrôle et s’assurer d’en tirer des revenus.

 

Ta plateforme a connu un engouement certain dès son lancement. Cela te conforte dans l’idée que tu as mis le doigt sur quelque chose de sensible pour l’industrie musicale ?

Totalement. On a lancé notre nouveau système en novembre et depuis plus de 600 sites ont été crées. Nous avons déjà plus d’un million de fans qui utilisent le service donc la croissance est très rapide. Je trouve ça rassurant car quand j’ai eu l’idée il y a plus de cinq ans, personne ne comprenait et on me trouvait un peu fou. Aujourd’hui, tout le monde voit le problème du reach ou des bannissements sur les réseaux sociaux. Si tu comprends ces problèmes, alors tu comprends l’intérêt de Fangage. Il y a une large prise de conscience autour des questions que posent l’usage et la propriété des données.

Comment comptes-tu continuer à faire évoluer Fangage ?

Nous avons récemment lancé notre service de vente et d’abonnement, qui permet aux créateurs de proposer des produits directement aux fans. J’en suis très heureux, car ils vont pouvoir bénéficier d’une nouvelle source de revenus, en vendant des cours de DJing en ligne, des sessions d’écoute de morceaux pour les producteurs, ou tout ce qu’ils veulent d’autre sans reverser quoi que ce soit à un intermédiaire. C’est une grande étape. Sur le long terme, j’espère que Fangage deviendra la solution numéro 1 pour l’engagement des fans dans plusieurs industries. Nous sommes pour le moment bien implantés dans le secteur musical, mais nous pouvons aller bien plus loin.

Si Fangage continue de se développer à ce rythme, seras-tu amené à faire un choix entre l’entreprise et ta carrière musicale ?

J’ai une très bonne équipe, donc je n’ai pas besoin d’être impliqué quotidiennement. Ça restera une priorité, et je continuerai de passer autant de temps que possible sur ce projet, au moins autant que sur mon label par exemple. Fangage me tient à coeur, et je crois que nous pouvons être très utiles.

Site officiel : https://www.fangage.com/

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