Retro 2020 : TONY ROMERA | DJMAG France - Suisse - Belgique

Producteur hyperactif en solo et duo (Bellecour), le lyonnais a connu une année 2020 riche en émotions, avec notamment un titre sur l'album de Tchami et le développement de son label Sans Merci...

Tony Romera est sans conteste l'une des valeurs sûres de la scène "electro" hexagonale. Il revient pour nous sur son année 2020... 


Ne pas être biaisé par l’attente et la réaction du public (en live), ça a changé radicalement mon son.


Est-ce que le confinement t'a donné envie de changer des choses dans ta vie d’artiste ?

Effectivement, après quelques mois à la maison et au studio, je me rends compte que je deviens vieux et que je suis probablement de plus en plus casanier, j’ai pu aussi profiter un peu plus de ma famille, ça donne envie d’être plus présent. Mais les tournées me manquent beaucoup !

En as-tu profité pour ressortir les archives de vinyles ou replonger dans les classiques ?

Clairement, je me suis replongé dans les classiques de la French Touch, même si j’en étais jamais vraiment sorti. J’ai pu fouiné un peu plus en profondeur, et ça fait vraiment du bien de retrouver mes premiers amours.

Si oui, cite-nous quelques titres que tu as pris plaisir à redécouvrir :

Superfunk - The Young MC

DJ Mehdi - Tunisia Bambaata

Étienne de Crécy - Am I Wrong

Terrence Parker - Your Love

Et je pourrais en citer encore des centaines !

Quel artiste (tous genres confondus) t'a le plus touché au cours de l’année 2020 ?

Bicep, sans aucun doute ! J’ai découvert leur track ‘Glue’ qui est sorti en 2017, grâce à une vidéo TikTok et j’en ai profité pour écouter leur discographie, une incroyable découverte !

Et s’il n’y avait qu’un gros coup de coeur à mettre en avant cette année, ce serait lequel ?

C’est dur de n’en choisir qu’un, il y a eu de belles pépites cette année... Mais je dirais 2 albums, celui de TchamiYear Zero’ et celui de NetskySecond Nature’.

Côté studio, as-tu été plus productif qu’à l’habitude ou bien fais-tu partie de ceux qui ont plus ou moins tout stoppé par faute de motivation, par exemple ?

Je n’ai jamais été aussi productif de toute ma vie. Le fait de profiter de mes proches m’inspire énormément. Et j’ai tendance à être aussi très inspiré quand je suis révolté, énervé et quand il y a des injustices - ce qui a été le cas un paquet de fois cette année ! (Haha, je ris jaune, évidemment). Le fait aussi de ne pas être biaisé par l’attente et la réaction du public (en live) a changé radicalement mon son, et m’a fait réaliser que mes objectifs étaient différents de ceux d’avant. Cela m’a clairement aidé à voir plus loin, j’ai pu créer sans me soucier de ça, ça a donc bien changé ma vision !

Les Live Streams resteront présents, mais rien ne remplacera jamais le contact humain.

Comment as-tu entretenu le lien avec tes fans pendant cette longue période ?

J’ai pu faire quelques live streams cette l’année, certains à l’arrache sur Instagram avec un set-up un peu improvisé, d’autres avec une équipe derrière et des moyens plus conséquents, c’était intéressant ! J’ai sorti pas mal de tracks aussi cette année, je pense qu’il était nécessaire de ne pas laisser tomber les fans pendant cette période un peu triste, ils avaient besoin d’amour et de son. Et évidemment, j’ai pu rester en contact avec tous les fans grâce aux réseaux sociaux.

Les live-streams sont-ils un outil convaincant pour toi, en tant qu’artiste ?

C’est évidemment un peu la norme si on veut pouvoir faire des DJ sets actuellement. Malheureusement, la saveur n’est pas la même à mon goût. La présence et les réactions du public me sont chères, donc pas évident de se retrouver seul dans une pièce vide avec des commentaires qui défilent sur un écran d’ordinateur ou de portable... Mais c’était quand même très marrant et les gens ont bien joué le jeu. Je me suis même surpris à faire des soirées seul sur mon canapé en regardant le Club Azur de mon pote Kungs avec son acolyte Victor Soulisse, les gens dans le chat étaient tous super bonne vibe et la musique était incroyable, je me serais presque cru en club ! 

Penses-tu qu’ils sont à même de s'inscrire durablement comme un rendez-vous indispensable entre un artiste et les fans ?

Je pense qu’ils ont vraiment apporté quelque chose et que, par conséquent, ils resteront présents, mais rien ne remplacera jamais le contact humain.

Privé de shows pendant déjà 9 mois, sur une échelle de 1 à 10, quel est ton niveau de manque ?

Disons... 1 million ?

Personne n’est "non essentiel".

Comment et quand imagines-tu ta première performance en public post-covid ?

J’y pense souvent, et je sais que ce sera grandiose, jouissif, apocalyptique, légendaire ! Tout le monde est dans le même état de manque : le public, les artistes, les techniciens... Ça promet un sacré bordel ! J’aimerais pouvoir dire "quand", mais visiblement l’état actuel des choses et le manque de considération évident de notre gouvernement ne nous le permettent pas à ce jour.

Sortir de la musique « club » quand la danse et les sorties sont interdites, est-ce que ça avait un intérêt ?

Oui, clairement ! Les gens en avaient besoin pour continuer à s’amuser, se rêver en club. Même si pour certains tracks, c’était probablement un peu du gâchis. Quand un morceau est travaillé dans le but de déchaîner les foules des festivals / clubs et qu’il est finalement écouté que dans les salons / chambres du public sur des petits système son, ça a quand même une autre saveur.

Les clubs ont toujours été un lieu de culture !

Les clubs ont été parmi les victimes les plus durement touchées par cette crise, avec un débat de fond qui a rejailli : les clubs sont-ils des lieux de culture ?

Oui, bien évidemment ! J’ai été outré de tout ce que j’ai pu entendre cette année. Les clubs ont toujours été un lieu de culture, ou de nouvelles tendances émergent, ou énormément de choses se créent, ou les gens de rassemblent, échangent, etc... Et certains osent dire qu’ils ne font pas partie de la culture ?

En tant que DJ-producteur, as-tu le sentiment de contribuer à une culture ?

Oui, je l’espère du moins. Une chose est sûre, c’est que personne n’est "non essentiel".

 

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