Interview : Acid Arab | DJMAG France - Suisse - Belgique

Trois ans après ‘Musique de France’, Acid Arab poursuit son épopée électro-orientale sur ‘Jdid’, son deuxième long-format.

Il est 9h du matin quand nous retrouvons Acid Arab dans leur studio du nord de Paris. Un horaire matinal pour ce groupe dont la musique baigne tant dans la culture club que dans les effluves d’orient. Ce mariage heureux, trois ans après l’album ‘Musique de France’, se poursuit dans le rugueux ‘Jdid’. En onze titres, le groupe parisien confronte son électronique racée à des instrumentistes de choix, dénichés du côté de l’Algérie, du Niger ou de Palestine. Alors que Guido Minisky, Pierre-Yves Casanova, Hervé Carvalho et Nicolas Borne s’apprêtent à faire transpirer un Elysée-Montmarte sold-out, nous revenons avec eux sur les dessous de ce deuxième album pluriel.

On pense souvent à tord que vos racines sont orientales. Votre héritage, plus que géographique, ne viendrait-il pas plutôt de la sono mondiale de Jean-François Bizot et Gilles Peterson ?

Guido : Si, complètement. C’est un héritage culturel intéressé, et pas quelque chose qui vient de nos racines ,de notre enfance. C’est venu après. A part Kenzi, qui vient d’Algérie !

Depuis la sortie de votre 1er album vous avez beaucoup tourné, jusqu’à vous placer parmi les artistes français qui s’exportent le mieux à l’étranger. Est-ce que cela a influencé la conception de ce disque, vous a poussé à aller vers une musique plus propice au Live ?

Hervé : C’est vrai que les dates ont eu une influence sur ce disque. On avait envie que cet album soit plus jouable en tant que DJs. C’est de là que nous venons. On a adoré défendre notre premier album en Live, ça a été trois années de tournée incroyable, mais il y avait finalement peu de morceaux de l’album dans nos DJ sets. Là, on voulait quelque chose de plus efficace.

Guido : Paradoxalement, il y a aussi sur l’album des morceaux plus pop.

Pierre-Yves : On a la sensation d’être allé droit au but, de manière moins alambiquée et plus claire, plus lisible et directe.

Hervé : On est aussi moins brouillon dans notre manière d’envisager la musique orientale, et en particulier la musique algérienne grâce à l’engagement de Kenzi dans le projet. Il a beaucoup apporté en terme d’arrangement, de couleur musicale. Du coup nous étions moins dans le fantasme, l’invention. Il y a plus de références.

Le nom ‘Jdid’, qui signifie "nouveau", vient-il de cette nouvelle manière d’appréhender la musique orientale ?

Hervé : Non, ‘Jdid’ est un mot arabe employé dans l’argot, qui est plus un clin d’oeil, une référence de jeunesse. L’intention n’était pas de mettre en avant un quelconque renouveau. Ça représente plus les infiltrations de la culture arabe dans la culture française.

Comment s’est fait ce disque ? Avez-vous travaillé autour des enregistrements de vos invités ou est-ce que ce sont eux qui sont venus se caler sur vos productions ?

Hervé : Il y a eu les deux. Certains morceaux sont partis d’enregistrements de musiciens sur un clic, d’autres où nous avons envoyé des beats à des artistes à Istanbul ou ailleurs…

Pierre-Yves : Après il y a eu des allers-retours et les morceaux ont évolué de différentes manières. Généralement nous avions une petite base, mais nous savions que ce sont les artistes qui allaient nous guider par la suite.

Avez-vous eu recours à des samples extérieurs ou vous êtes vous basé uniquement sur les enregistrements de vos invités ?

Pierre-Yves : Uniquement sur les enregistrements, il n’y a aucun sample. Il y en avait seulement quelques petits bouts sur le premier album.

Hervé : Le sample n’a jamais été le gimmick d’un morceau, c'est toujours venu habiller, donner une ambiance, du grain. On n’a jamais utilisé de sample comme élément frontal.

Le fait d’être passé d’un duo à un groupe à part entière a t-il changé votre manière de travailler ?

Hervé : Ca n’a pas vraiment changé. Le projet est parti d’un duo, mais dès le premier morceau nous avons collaboré avec Pierrot et Nico, qui ont ouvert leur studio par la suite. On a toujours fait la musique ensemble.

Guido : En tout cas il n’y avait pas de création musicale avant leur arrivée, c’était un projet de DJs. A la base, Acid Arab est le nom d’une soirée.

Jdid’ voyage du moyen-orient au Maghreb en passant par l’Afrique. Aviez-vous la volonté d’explorer les différentes facettes de la musique arabe, ou ce tracé est-il le fruit du hasard des rencontres ?

Hervé : Ça s'est fait au fil des featuring, mais il y avait cette envie d’avoir une couleur nord-africaine. On a une obsession pour le raï depuis un moment. Et puis le fait que Kenzi nous ait rejoint et mis en contact avec tous ces musiciens a beaucoup joué.

Guido : On avait une très forte envie de collaborer avec certains artistes, comme les Filles de Illighadad.

Outre les invités, la notion de voyage se retrouve t-elle également dans les influences électroniques du disque ?

Pierre-Yves : On vient d’une musique de voyage. L’électro, la techno, l’acid house…

Guido : L’inspiration électronique de l’album est très variée. On va jusqu’à des trucs cold, indus… Si l’idée était d’incorporer la culture arabe, pour le dire de manière simplifiée, à une autre culture, il fallait que cette autre culture soit représentée de manière originale.

Pierre-Yves : Et puis on a écouté beaucoup de musiques électroniques différentes, donc on n’est pas bloqué sur un style. On est tous assez agés (rires), on est passé par tellement de phases… On pioche dans toute la culture électronique des trente dernières années.

Est-ce que l’apport de cultures musicales différentes permet de donner un souffle nouveau à la scène techno-house  ?

Guido : Elle n’a jamais tourné en rond à mon sens. Elle n’a jamais cessé d’évoluer, d’être vivace.

Pierre-Yves : Elle continue d’évoluer, mais pas au même rythme qu’entre 85 et 95. On est sur un rythme plus lent. On n’est plus dans la nouveauté. Chaque année il y avait quelque chose d’inédit, ce qui est terminé. On a fait un petit peu le tour. On est moins surpris par la musique électronique. La pop est peut-être plus innovante.

Guido : Je ne suis pas d’accord, il y a plein de choses super originales, comme Salut c’est cool ou Musique Chienne, qui ne ressemble à rien qu’on connait.

Votre musique parvient à allier un côté populaire à une certaine radicalité musicale. Ce n'est pas un paradoxe ?  

Guido : Il y a un truc qui dépasse le cadre musical dans ce qu’est le projet, dans ce qu’il veut incarner. Il y a une dimension vaguement politique, qu’on peut voir si on en a envie, et qui joue aussi. En tout cas parmi les premiers retours qu’on a commencé à avoir, les gens nous parlaient plus de l’idée même du projet plutôt que de la musique en elle même, de la volonté de rapprocher des cultures dans une société où ce n’est pas toujours évident… Et puis le nom aussi ! Il a marqué et intrigué le public au début. Quand tu entends Acid Arab, tu as envie de savoir ce qu’il y a derrière.

Pierre-Yves : Le nom était plus connu que la musique !

Guido : Et puis on est arrivé à un moment où il y avait une envie de ce genre de musique. Il y avait des trucs turques ou libanais qui étaient réédités, c’était encore un peu underground mais c’était en train d’exploser.

Pierre-Yves : Il y a un côté branché et un côté  populaire. Le public est hyper varié, et c’est un peu la force du projet.

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