Interview : Floating Points nous parle de son nouvel album 'Crush' | DJMAG France - Suisse - Belgique

Floating Points débarque chez Ninja Tune avec un nouvel album qui réunit toutes les facettes de son identité musicale.

'Crush' est un disque né dans l'urgence. L'urgence de son producteur, Floating Points, qui a seulement pris cinq semaines pour concevoir ce successeur de l'aclamé 'Elaenia' sorti en 2015. L'urgence aussi de notre monde actuel et de ses nombreuses crises (écologique, politique, etc.) qui ont inspiré l'artiste britannique dans la réalisation de cet album. Mais rassurez-vous, loin de tomber dans le catastrophisme absolu, le disque disponible le 18 octobre sait aussi laisser place à des moments d’espoir et de douceur. Une dualité à l'image de Floating Points lui-même. Si le producteur s'est fait connaître avec des morceaux techno taillés pour les clubs, il s'est par la suite rapidement aventuré vers des sonorités plus aériennes, mélangeant aussi bien électro que disco, soul ou free jazz (s'illustrant même en jouant un morceau de jazz du saxophoniste Pharoah Sanders en plein cœur du Berghain). Et avec 'Crush', c'est justement toute la richesse de cet univers sonore aussi dense qu'immersif qui se retrouve réunie sur un même album.


'Crush' est une œuvre entière dont tous les morceaux ont été réalisés dans le même intervalle de temps.


'Crush' est ton premier album en quatre ans mais en réalité tu as seulement mis cinq semaines pour réaliser ce nouveau disque. Est-ce que la musique que tu as produite a été influencée par le fait de te retrouver avec une courte et intense période de travail ?

C'est vrai que l'album s'est fait vite mais en réalité, avant que ce disque n'arrive je crois que j'ai du passer une paire d'années à faire tout un tas de trucs très techniques et très ennuyeux dans mon studio comme apprendre à programmer certaines choses, etc. Et finalement j'avais beaucoup d'idées dans ma tête mais qui restaient sous forme d’embryons.

Est-ce que tu n'as pas peur de trop réfléchir à ta musique ?

Absolument. Par exemple les interviews sont un exercice assez difficile pour moi. Il m'arrive de chercher des réponses à des questions très sensées et très intéressantes mais des fois je n'ai juste pas de réponse à donner. Surtout quand on me demande le sens de tel ou tel morceaux. Je crois que pour chaque artiste il est assez difficile de parler de son œuvre.

Dans le monde de la musique électronique de nombreux artistes se contentent de sortir des singles et des EPs. C'est important pour toi de conserver le format album ?

J'adore l'idée de pouvoir compiler une même esthétique sur un seul disque. C'est très satisfaisant à faire. Et je pense qu'il est aussi très important que le format album existe encore et que des gens continuent à l'apprécier. Ce que je présente avec 'Crush' c'est une œuvre entière dont tous les morceaux ont été réalisés dans le même temps donné et sont faits pour aller ensemble. Donc oui j'adore vraiment le format album.

Avec 'Crush' d'une certaine manière tu arrives à faire la synthèse entre les morceaux à l'esprit plus club de tes débuts et les sons plus relaxant et atmosphériques que tu as expérimentés ces dernières années. C'était une volonté de ta part de réunir sur un même album les deux facettes de Floating Points ?

Pas de manière active. Mais c'est vrai que c'est plutôt juste. Quand on écoute l'album on se rend compte qu'il est comme tu viens de le décrire.

'Crush' est aussi un reflet des nombreuses crises (politique, écologique, etc.) que connaît la Terre. Est-ce que d'aborder ces thèmes était pour toi une manière cathartique pour évacuer le stress et la pression que ces sujets peuvent te provoquer ?

Oui et non. Oui parce que je sature de toutes ces informations. Notre époque est tellement bouleversée avec tout ce qui se passe en ce moment et d'une certaine manière je me réfugie dans la musique. Au final ça doit se ressentir sur l'album. Mais non parce que ce n'est pas une démarche active. Avec cet album je ne cherche pas à résoudre ces problèmes ni même à sensibiliser le public. Je pense juste que ces événements m'ont tellement affecté qu'ils ont fini par servir de base à mon inspiration.

Tu décrirais ton album comme un disque optimiste ou pessimiste ?

Je ne sais pas pour l'album mais personnellement, je suis très optimiste. Je crois qu'il est très important de garder espoir. J'ai rencontré par exemple des personnes qui me disaient qu'elles ne voulaient pas avoir d'enfant dans le monde tel qu'il est aujourd’hui. Mais je pense que c'est une vision très passive. Pour changer cet environnement de crise il nous faut des solutions actives et donc des actions humaines. Et pour cela nous avons besoin de continuer à faire des enfants. Sans espoir de changement on abandonne très vite et on finit par accepter la crise. Donc oui je reste optimiste.

'Crush' s'accompagne de tout un univers visuel assez unique, que ce soit aussi bien avec sa pochette, ses vidéoclips, etc. D'où viennent ces idées ?

Mes clips sont réalisés à Barcelone par Hamill Industries avec qui je travaille depuis quelques temps déjà. A Barcelone nous avons aussi de bons amis en commun, le studio Sauvage, qui travaille sur des projets botaniques. Je voulais faire quelque chose qui utiliserait leur connaissance des fleurs. Je me disais que ce serait super de faire un jour une vidéo en stop-motion basée sur la croissance de fleurs. C'est une idée assez simple mais ils l'on exécutée avec 'Last Bloom'. J'ai souvent des débuts d'idées assez folles et grâce à leurs connaissances et la technologie ils me permettent de les réaliser. C'est pareil pour les bulles que l'on peut voir dans le clip de 'LesAlpx', ce sont tout simplement des bulles de savon filmées par un objectif macro.

Ce nouvel album sort sur le label Ninja Tune. Qu'est-ce que ça fait de rejoindre cette nouvelle famille musicale ?

C'est vraiment super d'avoir leur support et leur aide. Avant je devais souvent produire ma musique seul et qu'avec très peu d'aide extérieure. Avec le soutien de Ninja Tune il est beaucoup plus facile pour moi de travailler sur les shows, etc. Ça a pu être tellement difficile par le passé que désormais je ne stresse plus du tout pour ce genre de choses.

Tes premiers titres sont sortis il y a pile dix ans. Quel album recommanderais-tu pour quelqu'un qui voudrait découvrir Floating Points aujourd'hui ?

Je pense que 'Elaenia' serait pas mal mais en même temps il est assez différent de ce que j'ai pu faire avant. 'Shadows' sinon. Il a presque dix ans mais je l'écoute encore de temps en temps. J'aime beaucoup le son de cet EP. Donc ça en fait deux mais je dirais 'Shadows' et 'Elaenia'.

'Crush' sort chez Ninja Tune ce vendredi 18 octobre. Floating Points présentera son nouveau live à Paris avec un concert le 13 novembre à l'Elysée Montmartre.

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