Luciano nous parle d'Ibiza et de son album à venir, enfin... | DJMAG France - Suisse - Belgique

Nous avons rencontré Luciano fin Septembre à Ibiza, juste avant la cérémonie des Ibiza DJ Awards. L'occasion de revenir avec lui sur sa longue relation avec Ibiza et sur les rebondissements qui ont entouré la sortie de son nouvel album solo...

On peut dire sans mentir que ça fait quelques années que tu es une star à Ibiza…

Que je bosse ici tu veux dire ! (rires) Ça fait 13 ans en effet… C'est un endroit magique, spécial, où beaucoup de choses se passent. Je l'ai vu beaucoup changer au fil du temps. Cette saison 2013 a encore souligné une nouvelle direction et beaucoup de changements. Mais du DC10 au Cocoon en passant par tous les trucs que j'ai pu faire, je garde toujours des souvenirs incroyables, c'est unique. 

Quel bilan tires-tu de cette nouvelle saison ? 

Ça a été un bouleversement, avec un passage de ma résidence du jeudi au mardi, qui est un jour très difficile ici à Ibiza. Puis ma soirée du dimanche au Boom a pris du retard à cause des problèmes administratifs que l'établissement a rencontrés. On a dû lutter à notre manière, avec une communication très transparente et la plus honnête possible envers nos fans. On a tenu contre vents et marées. Au final, je tire un bilan positif car mes deux résidences ont été complètes. Nos fans ont été contents. Mais j'avoue que ça a été dur, on nous a mis des bâtons dans les roues. On en est sorti la tête haute, avec plein d'amour et plein de rencontres, comme d'habitude ici à Ibiza...

La première fois qu'on a joué à Ibiza Ricardo et moi, on s'est fait virer du club !

Pour le coup, c'était très underground toutes ces galères, non ? 

Oui, c'est un peu ça… A l'époque, c'était tout le temps comme ça ! Quand on a commencé avec Sven, Richie et Ricardo, on était tous ensemble sous une même identité musicale, mais notre musique était un truc qui n'existait pas. La première fois qu'on a joué à Ibiza Ricardo et moi, on s'est fait virer du club ! On nous a dit que notre musique n'était pas compatible avec l'île. A l'époque, on était tous unis pour notre musique mais toute l'île était contre nous. C'était la trance et la house anglaises qui dominaient alors. On ressentait la mise en place d'espèce de clans au milieu desquels on était un peu une sorte d'oasis. Maintenant, c'est tout le contraire ! Notre musique est devenue LA musique d'Ibiza. Il y a 3 soirées chaque jour, c'est devenu grand, fédérateur et c'est beau à voir. 

A l'époque, on était tous unis pour notre musique mais toute l'île était contre nous. Maintenant, Il y a 3 soirées "Underground" chaque jour de la semaine...

As-tu le sentiment d'être une alternative à l'émergence de ce qu'on appelle l'EDM ? 

Non, ça n'a jamais été ma bataille. Je n'ai jamais voulu porter la coupe de l'underground. J'ai toujours voulu être fédérateur d'une musique culte mais populaire. Je n'ai jamais eu l'intention de rester un petit DJ underground. Je suis toujours allé vers le grand public, avec une musique culturelle et sincère. Certains ont apprécié et d'autres moins, en disant que je me suis vendu… Mais j'ai toujours maintenu mon équilibre, avec mon label Cadenza, mes DJ's et mon équipe. Je me suis toujours inspiré des artistes latins, de ma culture. Dans la musique latine, on a comme références la salsa et le Buena Vista Social Club, qui sont des musiques commercialement énormes et populaires, mais qui restent des musiques intéressantes et libres. J'ai voulu appliquer ça dans ma musique.

Avec aussi la danse comme trait d'union…

La danse, le sourire, les émotions. J'ai toujours eu ce désir ambitieux de vouloir toucher un public plus large sans compromettre la qualité de ma musique…

Je n'ai jamais eu l'intention de rester un petit DJ underground. Je suis toujours allé vers le grand public, avec une musique culturelle et sincère.

Alors il faut qu'on parle de ton nouvel album car il a été annoncé durant l'IMS en Mai 2012 mais la sortie a été repoussée. Qu'en est-il ?

Le métier de DJ a certaines contraintes. Je reçois beaucoup de demandes de bookings dans le monde entier, c'est dur de satisfaire tout le monde et j'en refuse beaucoup. Malgré tout, c'est dur d'être en studio, de trouver du temps libre. Puis j'ai mes 3 enfants, ma société avec du personnel à gérer. On a déménagé à Barcelone entre temps, beaucoup de complications. J'ai donc dû reconstruire mon studio à Barcelone, ça m'a pris du temps car j'ai voulu faire quelque chose de parfait. Le tout dans le tout, l'album n'est pas sorti. J'ai donc prévu de prendre la fin d'année pour le finaliser une bonne fois pour toute. Je ne fais que 3 dates DJ par mois et je m'enferme dans le studio pour avancer. 

Tu avais pourtant annoncé qu'il était fini lors de ta conférence IMS en Mai 2012, non ? 

C'était le cas, mais je suis quelqu'un de très compliqué et de perfectionniste en studio. Je suis un éternel insatisfait ! J'ai 18 morceaux de finis. Je veux toujours aller plus loin, ne pas rester au niveau de mon ancien album, que ce soit pour le son, le travail acoustique… J'ai beaucoup investi là-dedans dans la construction de mon nouveau studio à Barcelone. J'ai donc voulu repasser toutes mes pistes dans mon nouvel équipement, pour aller plus loin et atteindre un niveau de finition plus élevé.

Je me suis toujours considéré comme producteur. Le deejaying est venu à moi comme la solution idéale en vue de financer mon studio.

D'un point de vue artistique, comment fais-tu la part des choses entre tes mixes et tes albums ? 

J'ai toujours séparé le deejaying et le studio. Depuis le départ, je ne me suis jamais projeté en tant que DJ. Je me suis toujours considéré comme producteur. Comme le simple fait de produire est difficile d'un point de vue économique, le deejaying est venu à moi comme la solution idéale en vue de financer mon studio. Je ne dis pas que j'ai fait ça pour l'argent mais c'est comme ça que le mix est rentré dans ma vie. Quand je suis DJ, je me compromets, je conduis une énergie, je cherche les gens, je pousse et joue avec eux. J'écoute, je ressens, je manipule. Dans mon studio, je n'ai pas de compromis. je me retrouve seul et je me laisse aller à mes humeurs. C'est ce qui explique que je produis beaucoup de morceaux downtempo, pas du tout dancefloor. J'aime expérimenter, flirter avec mes influences comme Autechre, Massive Attack, Plaid, qui est quelque part la musique que j'aime vraiment écouter en dehors de mes DJ sets. 

Tu n'as pas peur de trop étonner tes fans ? 

C'est sûr qu'ils vont être surpris ! Mais j'ai toujours utilisé mon travail studio pour les emmener ailleurs. Je ne pense pas qu'ils seront déçus. Simplement, je fais de la musique pour des moments. En soirée, à la maison, en voiture, je n'écoute pas la même musique. J'essaie de faire comprendre ça aux gens, d'apprendre à varier les plaisirs à travers la musique. Ils vont kiffer écouter mon album en rentrant de soirée, chez eux. C'est une autre approche. 

Quand je suis DJ, je me compromets, je conduis une énergie, je cherche les gens, je pousse et joue avec eux. J'écoute, je ressens, je manipule. Dans mon studio, je n'ai pas de compromis. je me retrouve seul et je me laisse aller à mes humeurs.


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Propos recueillis par Ludovic Rambaud - Photo : ©Phrank (Amnesia Ibiza, Août 2013).

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