Interview : Jeff Mills | DJMAG France - Suisse - Belgique

Pionnier de la Techno à Detroit, Jeff Mills a été l'un des premiers à s'intéresser à la mutation symphonique de sa musique, pourtant à la base très mécanique...

Notre interview avec Jeff Mills vous est ici proposée en complément de notre enquête "Detroit, un grand classique" à retrouver dans notre magazine de Mars-Avril 2016. Nous tenions en effet à avoir le point de vue du précurseur de la fusion entre Techno et orchestres symphoniques...


J’ai toujours dit que la Techno a une part d’élitisme, surtout aux yeux de ceux qui ne partagent pas les mêmes perspectives que les soi-disant puristes.


Lorsque la Techno est née dans la fin des années 80, est-ce que tu pensais que cette musique serait propice à tant de mutations ?

J'avais en tout cas le sentiment qu'il y avait un fort potentiel de croissance. À la fin des années 1980, tout a pris de l'ampleur à grande vitesse et personne ne savait donc vraiment ce qui allait se passer, où et quand ça allait se passer, donc nous avons tous donné le maximum. Nous étions alors plus généreux (à la fin des années 80) qu’exigeants (sur la qualité).   

Beaucoup de pionniers de la Techno ont suivi ton chemin en transposant leur Techno en quelque chose d'orchestral. Comment l'expliques-tu ?

Faire appel à un orchestre a toujours fait partie de la vision artistique de beaucoup d'entre nous. Je ne suis donc pas étonné que plusieurs artistes m’aient rejoint dans cette direction. Je pense que c’est une très bonne chose et que tout cela s’est presque banalisé. Au final, ce qui compte, c’est d’avoir toujours plus d’options pour apprécier la musique, quelle qu’elle soit.  

Faire appel à un orchestre a toujours fait partie de la vision artistique de beaucoup d'entre nous.

Cela signifie-t-il que la Techno peut maintenant être étiquetée comme un genre musical élitiste et intellectuel ?

J’ai toujours dit que la Techno a une part d’élitisme, surtout aux yeux de ceux qui ne partagent pas les mêmes perspectives que les soi-disant puristes. L’attaque récurrente envers ceux qui écoutent de l’EDM est un bel exemple de ce snobisme, n’est-ce pas ? Il y a plusieurs décennies, les attaques s’adressaient contre ceux qui écoutaient de la Trance. Peut-être que les puristes de la Techno ont hérité de cet élitisme propre à la « grande musique » (musique classique)…? Ta question insinue aussi qu’il y aurait une hiérarchie pré-établie entre les différents genres musicaux, ce qui est faux selon moi. Après, donner plus ou moins de valeur à tel ou tel genre musical reste quelque chose de subjectif, en fonction de critères propres à chacun. Et qu’il n’y a rien d’immuable, les avis peuvent changer

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