Interview : Stephan Bodzin | DJMAG France - Suisse - Belgique

Stephan Bodzin vient de sortir son nouvel album 'Powers of Ten', avec 10 pépites d'une techno underground frissonnante, portée par une mélancolie synthétique absolument bouleversante. Inspiré du livre 'Powers of Ten', ce nouvel album confirme son talent.

Il aura fallu attendre 7 ans avant de pouvoir écouter un nouvel album de Stephan Bodzin. Artiste fascinant, aussi créatif sur scène qu'en studio, l'Allemand a donné à cet opus le nom d'un livre qui résume sa philospohie de vie. 'Powers Of Ten' est donc son nouveau manifeste, sans aucun compromis et avec une place de choix pour une techno poignante, incroyable de précision et très dense en émotions. A quelques semaines de présenter son tout nouveau Live, il répond à nos questions...


La mélancolie n'est pas la source, c'est le résultat...


Tu es connu pour ton amour certain des nouvelles technologies. Qu'est-ce que tu as expérimenté pour ce nouvel album ? 

Et bien figure-toi que je suis revenu à l'analogique pour produire presque la totalité de 'Powers of Ten'... J'ai, par exemple, beaucoup utilisé mon synthé Sub37 de Moog. Mais pour le Live, j'aurai bientôt avec moi quelque chose de vraiment innovant sur scène...

Quel genre, tu peux nous donner un indice ?

Fin juillet, je présenterai mon nouveau show Live à partir d'un contrôleur Midi que j'ai moi-même conçu sur mesure. C'est en plexiglasse, armé de 600 Leds, avec des boutons stylés dans la lignée des synthés Moog. Ce sera pour moi le moyen de faire encore plus ressentir ma musique. J'ai vraiment hâte que vous découvriez ça !

Si tu devais garder un seul synthé avec toi pour composer le titre techno ultime. Lequel prendrais-tu ?

Et bien justement, je crois que j'opterais pour le Moog Sub37. C'est sûrement l'un des meilleurs synthés jamais conçus. Le son est tellement chaud qu'on a l'impression que ce qui en sort est aussi riche qu'une voix. Ce synthé me parle en tout cas, c'est une évidence. Quand je l'ai reçu, je suis resté enfermé dans mon studio quelques jours et j'en ai sorti de nouveaux sons chaque jour. C'est assez rare de nos jours !

J'ai cru comprendre que tu as donné à ton album le nom d'un livre, c'est vrai ? 

Oui, 'Powers of Ten' est un livre qui m'a fasciné. Ce bouquin résume ma philosophie de vie, en quelque sorte. Vu que j'aime mettre beaucoup d'émotions et d'amour dans ma musique, j'ai cru bon de trouver un lien entre ce nouvel album et ce livre, qui a beaucoup de sens à mes yeux. 

Quels genres de messages as-tu voulu faire passer ? 

Ce livre nous rappelle qu'on n'a qu'une seule vie, qu'il faut donc la vivre à fond, sans en gaspiller la moindre seconde. Par contre, au niveau de ma musique, je ne suis pas du genre à chercher à faire passer des messages en particulier. Je donne la priorité à la qualité de mes morceaux, avant tout.

A quel moment de la journée (ou de la nuit) nous recommandes-tu l'écoute de 'Powers of Ten' ?

Bonne question à vrai dire... Je pense que c'est mieux si tu es déjà assez bien éveillé car c'est un album qui peut amplifier ton flux énergétique. 


Je n'ai aucune idée de ce que veut dire le mot "underground" !


En tout cas, tu restes fidèle à ton identité musicale, avec une grosse tension dans tes morceaux. Dirais-tu que la mélancolie reste la plus grosse source d'inspiration pour ta musique ? 

C'est assez drôle car je suis quelqu'un de très drôle dans la vraie vie ! (rires) Mais oui, je vois où tu veux en venir… En fait, la mélancolie n'est pas vraiment la source, c'est plus le résultat. Tous les voyages que je propose dans l'album sont pour moi des destinations positives et réjouissantes. Il n'y a pas de pathos dans ce que je propose. J'avais le sourire en permanence lorsque j'ai produit l'album. Bon Ok, j'ai aussi pleuré de temps en temps ! (rires). En tout cas, les moments où je conclus mes morceaux sont toujours intenses pour moi, je les vis à fond. C'est comme si je sortais d'un tunnel, c'est une libération émotionnelle. Et puis je vais te dire, je me suis souvent posé la question de savoir pourquoi ma musique avait cet aspect aussi mélancolique au final. Une fois de plus, ça contraste vraiment avec ce que je suis dans la vraie vie. Je ne suis pas dépressif, pour le moins du monde ! (rires)

Comment trouves-tu l'équilibre entre ton sens poussé du dancefloor et ta force émotionnelle ? 

C'est vrai que parfois c'est difficile d'écouter et de danser en même temps.Je provoque des réactions assez variées quand je joue les titres de mon album en Live. Je crois que le public ne cherche plus à se défouler comme avant, qu'il veut plus être dans le ressenti de la musique, le partage et l'expérience introvertie. J'adore voir les sourires sur le dancefloor. 

Tu es là depuis déjà pas mal d'années. Quel est ton avis sur le fait que le petit cercle underground soit devenu de plus en plus mainstream ? 

Je n'ai aucune idée de ce que veut dire le mot "underground" ni où se situe la ligne jaune par rapport au "mainstream". Je respecte chaque artiste et les gens écoutent ce qu'ils veulent, que ce soit commercial ou non, si ça leur procure du plaisir, alors je suis heureux pour eux. J'ai toujours essayé de produire ma musique sans regarder autour de moi, sans avoir peur de devenir ceci ou cela, ni même sans suivre quelconque mode. malgré ça, je suis assez sûr que ma musique ne sera jamais destinée à atteindre le haut des charts. 

Un mot sur ton label Herzblut. Es-tu satisfait de son évolution malgré l'implosion du marché de la musique depuis l'avènement du streaming et du partage libre ?

Herzblut n'a jamais eu pour objectif de faire de l'argent. Je l'ai conçu comme une plate-forme dédiée à sortir la musique que j'aime sans aucune contrainte de temps. C'est mon ouverture vers le monde. 

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