À l’occasion de leur passage à Paris à l’Elysée-Montmartre fin Septembre, nous avons rencontré le duo américain Odesza, fer de lance d'une musique électronique entre chill-wave et pop...

Alors que leur nouvel album 'A Moment Apart'  a été dévoilé il y a quelques semaines, les deux membres d'Odesza sont au milieu d'une tournée nord-américaine à la hauteur de leurs ambitions. Ce jeudi, ils seront même les invités du célèbre Late Night Show animé par Jimmy Kimmel, preuve que leur musique a su convaincre bien au-delà de la sphère électronique. Originaire de Seattle, le duo est devenu incontournable en quatre ans seulement. Leur premier album 'In Return' a marqué les esprits, les propulsant sur la short list de nombreux mélomanes en quête d'Electro à la fois novatrice, créative et accessible... Leur second opus 'A Moment Apart' a tout pour maintenir la hype autour de ces deux passionnés sympathiques. Interview !


On a choisi un label indépendant (Ninja Tune) pour être libres. On a eu des offres de labels bien plus importants, qui font miroiter beaucoup de choses...


Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pourriez-vous nous en dire plus à propos de votre duo ?

C : On s’appelle Harrison et Clayton, on vient de Seattle dans l’État de Washington. On a sorti notre premier titre sous le nom d’Odesza en 2012. On fait de l’Electro-Indie, un mélange de diverses sonorités. On a été influencé par pas mal d’artistes venus d’Australie par exemple, mais également des producteurs plus connus, comme Bonobo. On avait chacun eu une carrière solo en amont, mais on a commencé à bosser ensemble sur ce projet quelques mois avant notre premier album en 2012.

Vous venez de sortir votre nouvel album 'A Moment Apart'. Quelles sont vos premières impressions quant à l’accueil de celui-ci par le public ?

C : Le retour a été super positif. Il y avait pas mal de stress avant la sortie, car ça faisait longtemps qu’on n’avait pas sorti de titres, mais cela a vite laissé place à la joie au vu des retours.

Sur votre album 'In Return', on suivait une véritable histoire. Ça semble être également le cas dans celui-ci. C’est important pour vous de créer un univers unique ? 

H : Certains artistes aiment bien prendre chaque titre indépendamment et tout réunir à la fin. Nous, on préfère donner un peu plus de corps en créant un moment unique, un voyage, grâce à un album.

Du coup il y a forcément un tas de titres qui ne finissent pas dans l’album parce qu’ils ne collent pas ?

H : Oui, c’est super difficile (rires). Il y a des titres qui sont bons, mais qui ne collent simplement pas à l’album. Mais bon, même si ces titres ne sont pas dans l’album, on trouve toujours un moyen de les utiliser. Dans un Live, par exemple.

C : Parfois on a des titres qu’on a produit il y a longtemps, qu’on retravaille pour que ça colle mieux au moment, à l’harmonie de l’album. On trouve toujours un moyen que ça marche.

À la sortie de votre précédent album, vous disiez avoir beaucoup appris sur la musique. Qu’en est-il pour ce nouvel album ?

C : On a surtout appris au niveau de l’écriture. C’est la première fois qu’on a vraiment pris beaucoup de temps pour se poser en studio avec des auteur-compositeurs, des chanteurs… Il y a beaucoup de travail sur la composition, les arrangements, les orchestres…Ça a été une superbe expérience pour nous.

Et justement, à propos de ces collaborations. Laquelle vous a le plus appris ?

H : Je pense que c’est Regina Spektor. Elle a une approche de la musique plus classique. Dans le sens où elle a vraiment pris du temps pour apprendre à nous connaître, à comprendre notre musique. Elle était très 'Old-school', dans le bon sens du terme. Elle a fait de cette collaboration un moment précieux et important dans notre carrière.

Vous avez du coup passé beaucoup de temps en studio avec les artistes qui ont collaboré avec vous ?

C : Dans la majorité des cas, on commençait à travailler une sonorité. Ensuite, une majorité des vocalistes sont venus en studio avec nous à Los Angeles. On a essayé de trouver avec eux le son qui collait parfaitement à leurs talents vocaux. Ensuite, après l’enregistrement des vocaux, on retravaillait autour.

Les gens écoutent un style pendant un moment, qui devient de plus en plus populaire. Puis ils passent à autre chose une fois que c’est trop populaire. 

Combien de temps avez-vous mis pour boucler ce nouvel opus ?

C : Techniquement parlant, certains sons de cet album étaient déjà prêts depuis 3 ou 4 ans (rires). Mais la majorité du travail a été réalisée l’hiver dernier. On a pris 4 mois de pause dans la tournée pour vraiment travailler sur l’album.

Dans l’album, on ressent un travail considérable sur les vocaux et les instruments… Est-ce que l'un d'entre vous est plus expert que l’autre en studio ? 

H : Clay est plus entraîné au piano. Il a aussi plus de théorie musicale que moi.

C : Ça dépend vraiment des titres au final. Il y a des titres qui me ressemblent plus, d’autres qui se rapprochent plus d’Harrison. Mais on fait toujours en sorte que ce soit parfait pour nous deux.

Les titres de l’album sont très euphoriques. On pourrait presque croire à une BO de film. Vous avez l’envie de faire de la musique de film ? 

C : Oh que oui ! Ce serait une superbe expérience. De voir l’image et le son se rassembler en un seul objet artistique !

Votre musique est un peu l’opposé du mouvement 'Bass Music' qui est en pleine effervescence aux Etats-Unis (et ailleurs). Vous ne voulez pas être rattaché à la scène « EDM » ?

H : Franchement, il y a des trucs qu’on aime beaucoup dans ce milieu. C’est juste qu'on préfère quelque chose de plus calme pour nos albums . Après, on s’inspire beaucoup de ces univers musicaux plus énergiques quand on est en Live afin d’apporter plus de puissance.

C : La musique énergique de ces scènes électroniques sont une source d’inspiration pour rendre nos Live plus cool. Mais on ressent le besoin de proposer des choses différentes dans les albums.

 

 

Inversement, les artistes 'Underground' sont de plus en plus primés et connus à travers le monde. Pensez-vous que le public cherche à écouter des choses moins évidentes ?

H : Pour moi c’est un cycle continu. Ils écoutent un style pendant un moment, qui devient de plus en plus populaire. Puis ils passent à autre chose une fois que c’est trop populaire.

On adore les artistes qui essayent de faire tomber la frontière des genres.

Vous travaillez comment pour ce Live ?

C : Aux Etats-Unis, on a plus de musiciens sur scène qu'en Europe. On a deux guitaristes avec nous. On travaille avec eux des titres spécifiquement concçus pour le Live. On bosse aussi beaucoup sur la qualité sonore de l’installation. C’est très important à nos yeux. Tout comme les visuels qui sont diffusés au cours du Live. Ils doivent raconter une histoire, en lien avec notre musique. On travaille avec la même équipe, à quelques exceptions près, depuis nos débuts. Du coup, ils sont conscients de la qualité qu’on souhaite proposer, ils ont la même exigence.

H : A terme, l'objectif est de pouvoir faire un Live avec tous les artistes qui nous accompagnent (orchestre, chanteurs, etc…). Ce serait super cool !

Le show évolue-t-il beaucoup d'une date à l'autre ?

H : Le Live est découpé en plusieurs phases, plus ou moins énergiques. Et à l’intérieur de ces diverses parties, on fait évoluer en fonction de la réaction du public, de ce qu’on travaille en studio…

 

 

Est-ce que le Live fait évoluer vos idées pour vos titres ?

H : Forcément. Quand tu es face au public, tu perçois de suite la réaction. Ce qui a bien fait réagir ou ce qui a moins bien fonctionné.

Vous venez de Seattle, la ville du Grunge. La culture là-bas vous a beaucoup inspiré ? 

C : J’avais beaucoup d’amis qui écoutaient de l’Indie-Rock. Je pense qu’aujourd’hui, ça se ressent un peu dans nos productions, qui utilisent beaucoup de sonorités organiques.

H : Aujourd’hui, on écoute beaucoup de choses différentes. Perso, je suis très influencé par de la House un peu plus Dark. La scène française me plaît réellement. Puis comme beaucoup d’autres, on a des influences plus Soul, Motown…

Des artistes qui vous influencent plus que d’autres ?

C : Il y a des albums que je ne cesse d’écouter. Je suis hyper fan de Four Tet par exemple. Il y a un tas de trucs que j’écoutais quand je faisais partie d’un groupe Indie-Pop plus jeune et qui me fascinent encore aujourd’hui.

H : En général, on adore les artistes qui essayent de faire tomber la frontière des genres. J’écoute beaucoup Gorillaz, Radiohead, Blur… Des artistes qui savent se réinventer de manière continue.

Avez-vous envie de travailler sur des « side projects » ? Solo ou à plusieurs ?

C : Notre planning est déjà super rempli. C’est difficile de travailler plus. Mais clairement, on a envie de faire d’autres choses, ensemble. On a des idées parce qu’il y a un tas de styles musicaux sur lesquels on souhaite travailler. Il nous faudrait juste plus de temps (rires).

H : On vient de vous donner un scoop, là... (rires).  

Vous n’êtes pas limités à un style par ceux qui vous accompagnent au quotidien ?

H : On a justement choisi un label indépendant (Ninja Tune) pour être libres. On a eu des offres de labels bien plus importants, qui font miroiter beaucoup de choses. Mais ce qui comptait pour nous, c’est d’avoir une équipe qui prend vraiment le temps de comprendre notre musique, de nous comprendre. Les équipes avec lesquelles on bosse sont vraiment passionnées, on a donc zéro limite.

Vous avez déjà fait plusieurs festivals en France (et ailleurs dans le monde). Vous préférez ce format ou bien les salles plus intimistes ?

H : Le public dans les festivals est un peu particulier. Il y a 10 ou 15 artistes qui se suivent sur la même scène. Du coup, il y a une bonne partie du public qui vient pour d’autres artistes. Soit ils te regardent en attendant le suivant, soit ils sont ouverts à la découverte, ou ils viennent pour toi.

C : Ça change aussi en fonction des pays. Il y a des publics, notamment aux US, qui veulent que tu joues tel ou tel track. En Europe, ils vont être plus en attente de nouveautés, de surprises. Les festivals, c'est soit super cool, soit super ennuyeux (rires).

Excités par votre nouvelle tournée ?

H : On a un nouveau format Live, on est à gonflés à bloc !

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