Alors que leur premier album totalement gratuit Past Before Future est sorti il y a quelques jours, Amine Edge & Dance ont plusieurs projets en tête pour l'avenir.

Et si Past Before Future, le premier album gratuit d’Amine Edge & Dance, était la dernière page d’un chapitre pour les deux marseillais ? Voulant toujours évoluer et proposer au public le meilleur d’eux-mêmes, les précurseurs de la G House pourraient bien surprendre dans les mois à venir. Fort d’un label de qualité, sur lequel de nouveaux talents viennent agrandir la maison Cuff chaque mois, le duo Amine Edge & Dance est bien décidé à continuer son ascension avec de nombreux projets. Pour DJ MAG France, les deux marseillais se sont confiés sur leur nouvel album, leur rapport avec le public, leur vision de la scène house, leurs projets à venir et sur leur relation professionnelle mais surtout amicale…

Il est rare de voir des artistes proposer des albums gratuits, qui plus est un album de 10 titres jamais sortis. Dans quelle démarche avez-vous fait ce choix ?

Dance : Les titres présents sur cet album sont en fait des productions que l’on a faites il y a deux-trois ans, mais qui ne sont jamais sorties officiellement. On s’est dit qu’au lieu de proposer un single comme on le fait à chaque fois, cette fois-ci on allait tout réunir dans un seul ep. Cette démarche de gratuité vient aussi de notre culture. On a une certaine culture hip-hop, et dans cette culture les rappeurs par exemple, proposent souvent des mixtapes gratuites, ce qui ne les a pas empêché par la suite de faire une très grande carrière. Et c’est surtout pour remiercier notre communauté de fans qui nous suit.

Amine Edge : Aujourd’hui les gens n’achètent plus d’albums, l’industrie de la musique a complétement changé. A quoi bon faire un album payant que le public n’achètera pas. La musique ne se paie pratiquement plus aujourd’hui. Le public est plus dans une logique d’abondance, où il paie un abonnement sur une plateforme tous les mois pour avoir accès à un énorme contenu musical. Autant le faire gratuitement.

Comment s’est faite la sélection des titres présents sur cet album ?

Dance : Ce sont des titres que l’on assume toujours, que l’on joue encore de temps en temps en live. On ne fait pas de la musique pour être à la mode, on fait la musique que l’on aime.

Amine Edge : On a cette chance là de faire une musique qui est temporelle, qui ne se démode pas, donc les tracks que l’on a fait avant, sont toujours d’actualité.

Past Before Future est en fait une compilation,  et non un véritable album, de titres produits avant mais jamais sortis. Un album c’est un projet, un investissement, est-ce que la production d’un réel premier album vous tenterait ou c’est quelque chose qui vous fait peur ?

Dance : Bien sûr que ça nous tenterait mais ce n’est pas quelque chose qui nous fait peur au contraire, c’est simplement le manque de temps. On ne fait que tourner, du coup c’est compliqué de trouver un compromis. Et pour faire un album avec un grand A, il faut faire les choses bien et ne pas bâcler les choses.

Amine Edge : C’est peut-être trop tôt pour nous aussi, car un album, implique un deal avec un grand label, une major qui nous paie des studios, des sessions, des featurings, qui comble le fait que l’on ne va pas tourner pendant un moment aussi. Si pendant six mois on ne tourne pas, on ne fait pas de rentrées d’argent et c’est un manque à gagner.


On ne fait pas de la musique pour être à la mode, on fait la musique que l’on aime  


Justement concernant vos tournées, il y a deux pays dans lesquels vous êtes très présents, l’Angleterre et le Brésil. Pourquoi ?

Amine Edge : On essaie de jouer partout, mais c’est vrai qu’au Brésil notre communauté de fans est très développée, donc il y a une forte demande. C’est la même chose en Angleterre. On joue là où les gens veulent nous voir. Mais on joue partout en Europe et aux Etats-Unis, c’est simplement le fait que le public anglais et le public brésilien sont deux publics plus réceptifs à notre musique. Mais c’est vrai qu’au Brésil on ne comprend pas pourquoi les gens sont aussi fans de notre musique (rire).

Le Brésil et l’Angleterre sont donc deux destinations de rêve pour la G House, votre style. En tant que français, quel est votre regard sur la situation en France qui reste assez en retard concernant cette scène-là, la house underground ?

Dance : C’est en train d’arriver doucement, mais c’est vrai que la France est très en retard par rapport à un pays comme l’Angleterre. Il n’y a pas de house à la radio par exemple. Donc les gens ne connaissent pas ce style c’est normal. Alors qu’en Angleterre, le public est habitué à écouter ce genre de musique puisque les radios influentes comme Radio 1 notamment, diffusent de la house toute la journée.

Amine Edge : La culture en France on ne l’a connaît pas trop, parce qu’on y joue pas souvent, mais les villes clés où l’on joue comme Paris, Lyon ou Marseille, à chaque fois c’est plein, les gens sont réceptifs et comprennent notre musique, ce sont des fans qui viennent pour nous. Donc oui, on a quand même une fan base qui nous suit en France et ça fait plaisir. On ne connaît pas les autres villes en termes de culture, on ne sait pas s’il y a des petits clubs underground où l’on pourrait jouer dans des villes comme Nice ou Bordeaux par exemple. Et puis même dans notre ville, Marseille, à nos débuts, personne ne nous soutenait. A l’époque où je commençais à mixer en club, je jouais de la progressive house alors que le style en vogue était l’electro clash. J’étais complétement à contre courant de ce qui se faisait.

Votre label Cuff tourne très bien en ce moment avec deux à trois ep qui sortent chaque mois. Est-ce que c’est un rythme que vous allez maintenir dans les mois à venir ou vous allez ralentir, car ça demande du temps et du travail pour écouter toutes les démos et les sélectionner ?

Dance : On a le temps d’écouter tous les titres, on a notre routine. On écoute 1000 tracks tous les 10 jours à peu près et on les écoute dans l’avion, c’est une routine en fait.

Amine Edge : C’est même pas tant pour notre label que l’on écoute beaucoup de nouveaux morceaux mais pour nous, pour avoir de nouvelles choses à mixer en live. Mais le fait est que si on sort deux à trois ep par mois, c’est parce qu’on a signé trop de morceaux. On a eu trop de coups de cœur en même temps, mais d’ici décembre toutes les sorties que l’on a programmées seront sur Cuff. Donc pour l’instant, on arrête de signer et on va se concentrer sur notre site web et le merchandising et on resignera des nouveaux titres sur notre label.


La G House est maintenant bien ancrée mais c’est fini pour nous 


Qu’est-ce que vos fans pourront trouver sur votre site web en plus de votre musique et de vos vidéos ?

Amine Edge : Une grosse nouveauté, pour l’instant on ne l’a pas vraiment annoncé officiellement, mais on va créer notre propre marque de vêtements. On aime bien la mode, il y a des marques qui nous inspirent, notamment en termes de merchandising. Tous les produits de notre marque seront en série limitée, environ 500 à 1000 pièces produites. On veut aussi faire de la qualité, c’est pour cette raison qu’on ne se précipite pas.

Contrairement à beaucoup d’artistes, vos sets sont complètement différents d’une soirée à une autre. C’est important pour vous de proposer toujours quelque chose de nouveau, de ne pas tomber dans une certaine routine?

Dance : Oui, car il faut une excitation quand tu mixes. Mixer des tracks que l’on mixe tout le temps ça nous gave. Il faut que quand on mixe on prenne du plaisir sinon ça ne sert à rien. C’est peut-être égoïste de dire ça mais on a besoin nous aussi de prendre du plaisir.

Amine Edge : C’est notre plaisir à nous. D’être surpris par de nouveaux tracks, voir comment ils fonctionnent en live, comment le public réagit, etc. On essaie toujours d’avoir un set frais et nouveau, pour satisfaire notre plaisir et celui du public. Mais il y a des djs qui aiment proposer un set similaire pendant plusieurs mois avec des enchainements parfaits, c’est leur plaisir. Moi-même quand je mixais dans ma chambre à 14 ans sur vinyle, je refaisais toujours les mêmes transitions pour qu’elles soient parfaites et les jouer en club. Chacun a sa vision des choses.


La clé pour perdurer c’est l’évolution


Concernant votre duo, qu’apporte Amine Edge à Dance et qu’apporte Dance à Amine Edge ?

Dance : Le soutien, c’est très important parce que ce n’est pas facile tous les jours. On se soutient mentalement, moralement, c’est bien d’être deux. Pour la musique c’est bien de mélanger nos inspirations, nos influences, nos idées, c’est toujours mieux d’être à deux. On est tous les deux passionnés et donc ça nous amène à des choses que l’on aurait pas pu faire en solo.

Amine Edge : Moralement c’est important, parce qu’on se remet en permanence en question. A chaque fin de set on se remet en question, si le public n’a pas réagit par exemple. On est des extrémistes perfectionnistes (rire). On se fait totalement confiance aussi pour la production. Si Dance me dit ça c’est bon, ça pourrait apporter quelque chose au morceau, je lui fais totalement confiance et je le suis et inversement.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Amine Edge & Dance : On prépare un projet avec des rappeurs anglais, c’est en train de se faire, on ne sait pas si ça va aboutir mais le projet se construit en tout cas, plus dans un registre hip hop et house. On essaie de se démarquer maintenant du style qu’on a créé la G House. La G House est maintenant bien ancrée mais c’est fini pour nous. On ne va pas rester bloqué sur le même style pendant 10 ans. On veut toujours évoluer. C’est comme la mode. Les vêtements qui étaient à la mode il y a trois ans, personne n’a envie de les mettre aujourd’hui. C’est notre force justement, de vouloir évoluer en permanence. Parce qu’une fois le style démocratisé, au bout de cinq ans, ta musique s’essoufle disparaît et toi avec si tu n’évolues pas. La clé pour perdurer c’est l’évolution.

 

 

 

 

 

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